Je pense que cette mentalité est issue des nouvelles pratiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Par exemple, les œuvres telles que wikipédia ont démocratisé l'accès à l'information gratuite (sous réserve d'être équipé, mais ceci est bien entendu dans cette discussion), c'est une excellente chose, mais aujourd'hui même payer pour la presse devient un problème. Les nombreux services "2.0", proposent d'excellents services sans contrepartie financière directe, comme TF1 (qui lui profite grassement de la redevance), ils troquent leurs services contre du temps de cerveau disponible : on doit alors pouvoir regarder des vidéos, écouter de la musique, téléphoner, jouer... gratuitement. Plus controversé, on arrive enfin au "prétendu sport national" : le piratage. Selon des études au moins aussi contestables que la dernière née sur les OGM[1] les français sont les plus gros pirates d'œuvres culturelles d'Europe.

la gratuité sur le net semblerait être entrée dans les mœurs bien plus rapidement que le web lui-même est entré dans les foyers...

Qu'on ne se trompe pas : je ne dis pas que l'accès à la culture et à ces services merveilleux doit être réservée à ce qui en ont les moyens, je dis simplement que tout travail mérite salaire. Je suis fier de payer ma place de cinéma pour des bons films, d'acheter la galette de mon groupe de rock préféré, et de payer pour lire les articles de qualité que nous offrent les journalistes du monde.

Pascal n'aime pas qu'on dise "Ce qui n'a pas de prix n'a pas de valeur", et il a raison ! C'est sur ce genre d'arguments qu'on gaspille de l'argent inutilement et qu'on choisit des solutions propriétaires quand les équivalents libres suffiraient...

J'ai un peu l'impression que le discours de Pascal, qui se concentrait sur le transfert de compétences et l'évangélisation technologique peut s'étendre au delà de ce type de bénévolat : convaincus qu'aujourd'hui "tout le monde peut le faire", on banalise les compétences dans ces domaines, les services d'un bon développeur, d'un bon graphiste ou d'un bon animateur deviennent négociables dans des proportions dérangeantes : "pourquoi on vous payerait si cher pour ça ? Des gens le font sans un rond avec fb ?!"...

J'ai travaillé pendant des années pour la beauté du geste, parce qu'on me disait que ça me ferait connaître, qu'on me proposerait d'autres projets à contrepartie financière, aujourd'hui je ne peux même pas faire comprendre à un client que mon devis correspond à ce qu'ils me demandent, et que non, tout le monde ne peut pas le faire...

Par extension, on arrive à un culte de la médiocrité ou culte de l'amateurisme, qui fait sens dans un sens (bien que le bouquin que je cite est à la limite de la saloperie, il à l'intérêt de soulever des problèmes intéressants, même si il y répond aussi bien qu'un patron de Vivendi Universal qui serait ministre de la culture). Aujourd'hui, internet, par sa gratuité, fait fleurir les mauvais produits : mauvaises vidéos sur youtube, mauvais contenu sur des blogs ou sites internet, on en arrive à perdre le sens du travail professionnel. Pourtant, vous ne vous faites pas soigner par le bricoleur du coin ?

Bon avec tout ça, j'avoue me mélanger un peu les pinceaux, mais les idées y sont, il me semble. Bonne crise économique !

Notes

[1] Oui, c'est un écart, et alors ?